Groupe Kinésithérapique de Travail sur la Scoliose et le Rachis
Histoire Naturelle de la Scoliose Idiopathique

Daniel Boussard – Masseur-Kinésithérapeute
membre du Groupe Kinésithérapique de Travail sur la Scoliose et le rachis (GKTS)
Janvier 2010


I - INTRODUCTION


A ce jour, la scoliose idiopathique est toujours dite sans origine connue, d’où son nom, c’est-à-dire qu’aucune certitude concernant ses causes réelles d’apparition n’existe, pas plus que pour son potentiel évolutif.
Des hypothèses ou des probalités sont formulées à juste titre:
- il existe un facteur génétique, puisqu’une maman ayant une scoliose aura plus de risque (et non pas de « chance » !) d’avoir parmi ses enfants, des scoliotiques qu’une maman non scoliotique.
- il existe un facteur hormonal : les scolioses idiopathiques s’aggravant surtout pendant la puberté.
- il existe un facteur dit neuro-musculaire, car il semble de plus en plus certain que des anomalies à minima du système neuro-musculaire soient retrouvées de façon non aléatoire.
- il existe un facteur postural : des déséquilibres minimes de posture (de positionnements, d’équilibres et de déséquilibres), sont retrouvés plus fréquemment chez le scoliotique que chez le non scoliotique.
- et certainement d’autres encore qui nous donnerons peut-être un jour, des clés manquantes aujourd’hui, pour la compréhension, et donc le traitement de cette pathologie.
Alors, si l’on doit évoquer ce qui parait aujourd’hui comme une « vérité », du moins ce qui est admis par la quasi totalité des spécialistes de la scoliose, il faut nous intéresser à l’histoire de chaque scoliose, de sa naissance à ... la fin, à son apparition ou plutôt à sa découverte (dépistage), aux traitements proposés et aux facteurs prédisposants à la réussite de ces traitements. Pour ce faire, les études menées en son temps par Mme Duval-Beaupère remportent toujours l’adhésion de tous et servent encore aujourd’hui à la compréhension de l’histoire naturelle de la scoliose idiopathique.


II - EVOLUTION SELON LA COURBE DE DUVAL-BEAUPERE



Cette courbe schématisée représente l’évolution potentielle théorique d’une scoliose. Il faut remarquer l’accentuation de la pente représentant l’aggravation entre 10 et 15 ans : c’est pendant les périodes pré-pubertaire et pubertaire que le risque principal d’aggravation existe. Il ne faut bien sûr pas négliger la phase de l’enfance (jusqu’à 10 ans environ), phase pendant laquelle également la surveillance devra être constante.




3 repères sont à localiser sur ce schéma, qui correspondent à 3 moments ou périodes clés.
1 - apparition des premiers caractères sexuels secondaires
2 - 1eres règles (ou 1er rasage chez le garçon)
3 - maturité osseuse
• Le point 1 (vers 10 ans) correspond à l’apparition des caractères sexuels secondaires (selon la classification de Tanner). Ils s’agit de l’apparition des pilosités axillaires et pubiennes, et de la formation mammaire ou des organes génitaux masculins
• Le point 2 correspond aux 1eres règles (ou aux 1ers rasages chez le garçon).
• Le point 3 est l’état de maturité osseuse (ou Risser 5), c’est-à-dire où il n’y a plus de risque d’aggravation de la scoliose. Il s’agit d’une lecture radiographique au niveau du bassin, effectuée sur une radio standard (le même cliché que pour le calcul de l’angle de la scoliose).
De ces 3 points découlent plusieurs constatations et remarques.
a) il ne faut pas attendre l’apparition des caractères sexuels secondaires pour surveiller une scoliose débutante, éventuellement pour proposer un traitement.
b) il ne faut pas attendre le début de la puberté pour surveiller une scoliose débutante, à fortiori pour proposer un traitement.
c) le médecin spécialiste doit attendre les preuves cliniques ou radiologiques de l’aggravation de la scoliose pour entreprendre un traitement (la surveillance est un traitement en soi).
d) au plus tôt une scoliose sera dépistée, au plus elle aura des chances de voir son aggravation limitée.
e) il n’est jamais trop tard pour proposer un traitement, mais le plus précoce sera le mieux.
f) au fur et à mesure que l’on se rapproche de Risser 5 (maturité osseuse), le traitement mis en place peut s’assouplir (kinésithérapie plus étalée, port du corset diminué, etc)
g) à maturité osseuse (Risser 5), il n’y a plus nécessité de proposer un traitement.

III - CONSEQUENCES ET PROPOSITIONS THERAPEUTIQUES

En tenant compte des éléments précédents, il est assez logique de pouvoir construire des stratégies thérapeutiques basées également sur des critères cliniques, radiologiques et d’autres, spécifiques à chaque patient.
Concernant les critères cliniques, la taille, la gibbosité, la déviation latérale Droite ou Gauche, l’aspect du profil (cyphoses et lordoses), les déséquilibres au niveau du bassin et des épaules, sont parmi les plus importants.
Les clichés radiologiques standard de face et de profil permettant de localiser et de définir la scoliose (thoracique, lombaire, combinée, etc.), doivent être complétés par des clichés spécifiques, telle une radiographie prise en position couchée ou en suspension, pour évaluer la réductibilité (souplesse ou raideur) de la scoliose. La lecture du Risser (appréciation de la maturité osseuse) sur le cliché de face sera accompagnée d’une radiographie de la main gauche pour estimer l’âge osseux. On peut dire que l’âge osseux est en fait l’âge réel de la scoliose, l’âge civil étant celui du scoliotique.
Enfin, les antécédents familiaux (présence éventuelle de scoliotique dans la famille au sens large : grands-parents, oncles et tantes, nièces et neveux, cousins et cousines, etc)) et personnels (autres troubles, affections ou pathologies) ainsi que les habitudes de vie du patient (scolarité, activités sportives et de loisirs), doivent être renseignés par le médecin spécialiste.
Toutes ces caractéristiques vont permettre d’établir une véritable « carte d’identité » de la scoliose. Mieux définie, celle-ci sera mieux connue, plus lisible, et le médecin spécialiste pourra apporter une démarche thérapeutique cohérente devant chacun de ses patients.
En prenant pour exemple les formes possibles de la scoliose (thoracique, lombaire, combinée, etc.), et selon l’âge du patient, le tableau ci-dessous schématise les choix et orientations thérapeutiques que peut proposer le médecin spécialiste. Les propositions suivantes ne sont que des projets potentiels et donc à prendre qu’a priori , puisque ne tenant pas compte des autres paramètres évoqués plus haut. 




NB - CMCR : corset rigide mis au point et utilisé au Centre des Massues dans le service Enfants-Adolescents – JC. Bernard -Médecin Chef de Service.

A des fins explicatives, et sans tenir compte des autres éléments diagnostiques, nous pouvons prendre 2 exemples opposés.
1 - enfant de 7 ou 8 ans ayant une scoliose lombaire modérée ; cet enfant est phase pré-pré-pubertaire ; outre une surveillance médicale régulière, il pourrait nécessiter pour débuter le traitement, et la nuit uniquement d’un corset « court » répondant à la localisation lombaire de la scoliose (cf. NB en fin de texte).
2 - adolescent de13-14 ans en phase pubertaire, c’est-à-dire en phase d’évolution (d’aggravation) maximum et porteur d’une scoliose dans la zone thoracique (dorsale), réputée être parmi les plus évolutives et difficiles à traiter. Un traitement plus « lourd » devra être mis en place : il s’agira certainement d’une contention plâtrée de 1 à 2 mois, suivie d’un corset rigide under-arm (remontant sous les bras), portée de 20 à 22h. par jour (cf. NB en fin de texte).

IV - CONCLUSIONS

Ces propos volontairement schématisés et simplifiés pour une meilleure compréhension, sont pourtant le résumé de la pratique quotidienne. Cette chronologie à dessein simpliste pour la démonstration, est le cheminement raisonné habituel du médecin spécialiste.
Il est clair également que toutes les propositions thérapeutiques sont encadrées par l’expérience et guidées par la pratique de chaque équipe.
Enfin, n’oublions surtout pas qu’au moment de proposer un traitement au jeune patient et à sa famille, il faut s’assurer de la bonne compréhension des explications données.


V - Pour en savoir plus ...

- R.Hilmi, P.Roussouly. Statique et vertébrale et vie quotidienne. Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale. Lyon 2006. Sauramps Médical, 2006. p.59-67
- G.Mollon, JC.Rodot. L’efficacité de la kinésithérapie des scolioses structurales mineures – Etude statistique. La Scoliose : 20 ans de recherche et d’expérimentation. Montpellier . Sauramps Médical. 1991. p.147-150
- Dr Salles de Gauzy. Conduite à tenir devant une scoliose idiopathique. 36e congrès du GKTS . Toulouse. cf. gkts.net
- JC..Bernard . Le traitement orthopédique - 36e congrès du GKTS . Toulouse - gkts.net
- D. Boussard. Possibilités thérapeutiques - 36e congrès du GKTS . Toulouse - gkts.net
- S.Injeyan . Education thérapeutique appliquée aux pathologies de l’adolescence. 36e congrès du GKTS . Toulouse - gkts.net
- L.Fauvy, P.Filipetti. Traitement orthopédique de la scoliose et orthopédie. 2007 - RER - 15 n°45/46 - p.1917-1918
- JC de Mauroy, P.Lacroix, C.Deroche. Scoliose et sport. 2008 - RER - 15 n°49 - p.2035-2051
- JC.Bernard, J.Deceuninck, C.Kohn. L’évolutivité de la scoliose idiopathique est-elle influencée par la pratique sortive ? A propos de 110 cas. 2009 - RER - 16 n°50 - p. 2087-2092
- JL.Vazeux. Importance des paramètres sagittaux dans la rééducation du rachis. 2009 - RER - 16 n°50 - p. 2110-2116
- V.Bruyneel, P.Chavet, S.Mesure. Corset et scoliose idipathique de l’adolescent. 2008 - Kinesither. Rev. 80/81 - p.23-29
- JC.Bernard « Possibilités thérapeutiques et scolioses » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.111-136
- JC.de Mauroy « La scoliose. Traitement orthopédique conservateur » Sauramps médical, 1996. p.177 -218
- JC.Bernard et coll.« Prise en charge orthopédique précoces des scolioses lombaires et thoraco-lombaires idiopathiques évolutives : corset toilé de St.Etienne. Etude statistique à propos de 50 cas » Rachis 2004 ; 16(6) :p.309-320
- JC.Bernard et coll. « Evaluation du résultat d’un corset monocoque carbone respectant la respiration (CMCR) dans la scoliose idiopathique chez l’enfant et l’adolescent : étude rétrospective sur 115 patients » Ann. Réadapt. Méd.Phys. 2005. 48(9) : 637-649
- P.Quesada et coll. « Méthodes de rééducations globales » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.181-195
- B.Biot et coll. « Troubles de la statique vertébrale et douleurs. Traitement orthopédique chez l’adulte » » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.221-230
- JC.Bernard « Le traitement orthopédique des troubles statiques de l’enfant. La Maladie de Scheuermann » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.211-219
- L. Fauvy et coll. « Traitement orthopédique de la scoliose et Kinésithérapie » Résonances Européennes du Rachis 15(45-46) 2007, p.1917-1925
- M.Schneider « Scoliose de l’enfant et l’adolescent : du dépistage à la dé »cision thérapeutique » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.99-109
Sans oublier :
- anmsr.asso.fr
- sirer.net
- gkts.net
et bien sûr : scoliose.org


NB : ces 2 exemples n’ont aucune vraie valeur décisionnelle ; ils ne sont cités et décrits qu’à titre d’exemple.