Groupe Kinésithérapique de Travail sur la Scoliose et le Rachis

ROLES  et  IMPORTANCE du  KINESITHERAPEUTE

 DANS  LE  TRAITEMENT  DES  SCOLIOSES

 Daniel  Boussard *

 

 

 

Si elle n’a fait que rarement ses preuves comme traitement unique de certaines scolioses (1-2), la kinésithérapie est reconnue par la plupart des spécialistes comme faisant partie des traitements des pathologies du rachis (3-4-5- 6-7-8–9-10-11-12).

 

Pour autant, la rééducation doit s’inscrire dans un schéma thérapeutique éclairé et médicalement consensuel. Ainsi, à défaut d’être initialement associé au traitement, le kinésithérapeute doit prendre la place qu’il lui revient dans l’information, la prise en charge et la prévention des problèmes rachidiens. De par sa formation, il est le mieux placé pour enrichir le patient et son entourage sur les conditions des traitements et être le relais vers le médecin prescripteur (13). Le kinésithérapeute devra pour ce faire s’entourer des précautions élémentaires de discrétion et d’éthique médicale habituelles.(14)

 

L’INFORMATION

 

Le tête-à-tête patient-kinésithérapeute procure à ce dernier une connivence positive permettant d’installer un climat de confiance réciproque; cette confiance est essentielle à tout traitement, quelle que soit sa durée, son intensité, sa fréquence. Cette confiance est aussi le garant d’une prise en charge sérieuse, personnalisée et ciblée ; elle fournit à l’entourage familial, ainsi qu’au médecin prescripteur, une « assurance qualité ».

Le kinésithérapeute doit s’approprier les décisions thérapeutiques afin de les appliquer avec discernement ; il doit donc être en mesure d’expliquer à son patient et sa famille, la ou les stratégies thérapeutiques mises en route, ou susceptibles de l’être ; de même il doit pouvoir expliquer les éventuelles évolutions thérapeutiques . Il doit pouvoir également être l’intermédiaire entre le patient (ou sa famille) et le médecin prescripteur, pour toute éventuelle difficulté ou incompréhension.

Il est récurrent aujourd’hui de constater qu’un traitement qui arrive à ses fins, n’est souvent le fruit que d’un rapport soigné-soignant emplis de confiance, parfois de connivence, souvent de complicité.

Si le patient est un enfant ou un adolescent, le kinésithérapeute a un devoir d’information envers les parents. Il leur doit des compte-rendus réguliers sur le déroulement des séances, l’évolution de la pathologie,  ainsi que sur le comportement du jeune patient : assiduité, ponctualité, compliance, etc. De la même façon, il se doit de tenir le médecin prescripteur au courant de tout évènement ou situation pouvant remettre en cause la prise en charge , en tout ou en partie.

 

 

LA  PRISE  EN  CHARGE

 

Il revient au seul kinésithérapeute de décider des méthodes, moyens  et techniques qu’il jugera utile et efficace d’employer.(14)

Encore faut-il qu’il puisse choisir les meilleurs dans son propre arsenal thérapeutique. C’est-à-dire qu’il puisse avoir le choix dans la connaissance qu’il a des méthodes, moyens et techniques. Il apparaît donc que le « meilleur » kiné n’est pas celui qui détient le secret d’une méthode, ni celui qui n’emploie qu’une technique (« LA » panacée bien sûr !), mais celui qui tient compte dans le choix pour un traitement chez un patient, des avantages et des inconvénients des méthodes, moyens et techniques qu’il sait mettre en œuvre. En d’autres termes, si une méthode se révèle être efficace pour un patient à tel moment de son traitement, cette même méthode pourra se trouver non avenue pour tel autre patient.

 Le kinésithérapeute doit donc s’entourer d’une vaste palette de possibilités de traitement ; de cette diversité naît la complémentarité et l’efficacité. Tout kinésithérapeute sait très bien que telle technique « marche » bien pour un patient, mais qu’elle ne « marche » pas pour tel autre. Le kinésithérapeute doit en permanence évaluer ses résultats, et éventuellement remettre en question ses choix ; des orientations sont souvent nécessaires, des réajustements parfois indispensables. Il n’y a rien de pire pour un patient qu’un kinésithérapeute trop têtu !!

La personnalité du kinésithérapeute est également très importante. Nous avons tous en tête, des exemples de tels ou tels patients qui n’ont pas « accroché » avec un kinésithérapeute recommandé par bouche à oreille par leur voisin ou une connaissance. Bien choisir son kinésithérapeute est important et pas facile parfois … surtout quand il n’y a pas le choix ! Sans tomber dans l’excès du nomadisme médical, il faut savoir, quand on le juge nécessaire, changer de thérapeute.

Si la séance chez le kinésithérapeute garde sa valeur première et incontournable, le patient doit pouvoir, sous couvert d’une éducation préalable, se prendre partiellement en charge.

 

LA  PREVENTION

 

Il revient également au kinésithérapeute d’éduquer son patient afin que celui-ci puisse - éventuellement - faire perdurer à domicile les conseils et les consignes qu’il lui aura prodigué en soins.

Le kinésithérapeute se doit d’individualiser et de cibler précisément ces notions qu’il donne à son patient, afin que ce dernier puisse en toute sécurité et efficacité, reproduire tel ou tel geste, mouvement, position ou simplement toute consigne. Il se devra également de vérifier, de temps à autres, si son patient observe à l’identique ses indications. Il n’est pas rare de constater au bout de quelque temps, une certaine dérive, souvent involontaire, des consignes. Afin de ne pas obérer l’efficacité souhaitée, une certaine « reprise en main » est nécessaire ; elle doit s’effectuer de la part du kinésithérapeute avec doigté et parfois au prix d’un compromis. Là encore, le kinésithérapeute pourra (devra ?), en fonction des résultats obtenus, orienter ou modifier, voire arrêter ce processus, ne serait-ce que provisoirement.

EN CONCLUSION

 

De par sa formation, ses connaissances et sa pratique, il nous apparaît qu’au milieu des professionnels gravitant autour du patient, le kinésithérapeute est au centre de l’organisation mise en place ; réelle cheville ouvrière le kinésithérapeute  a les moyens d’ être le lien unissant, dans un esprit pluri-disciplinaire, les acteurs médicaux, le patient et son entourage familial.

Au kinésithérapeute d’être à la hauteur de sa réputation et des espoirs mis dans son rôle.

 

 

 

POUR  EN  SAVOIR  PLUS :

 

1 –RODOT JC, MOLLON G « l'efficacité de la kinésitherapie des scolioses structurales mineures , étude statistique » Ent.Bichat 1987 ; Journées de médecine physique 1987. 1987 : 42 -46

2 -  P.Ducongé « Traitement rééducatif des scolioses idiopathiques sans traitement orthopédique ou avant traitement orthopédique ou chirurgical. La rééducation est-elle une nécessité et un frein évolutif ? » Résonances Européennes du Rachis  2006 ;44 :1819-1826

3 -  B.Amor et coll. « Approche thérapeutique dans la réadaptation thérapeutique des lombalgies. Essais comparatifs de 3 techniques de rééducation lombaire » Rev. Rhum. 1979 ; 46 :689-696

4 -  B.Biot « Scoliose de l’adulte :place de la rééducation et des corsets » Rev. Rhum. 2004 ; 71 :301-308

5 -  JC.Bernard « Possibilités thérapeutiques et scolioses » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.111-136

6 -  JC.de Mauroy « La scoliose. Traitement orthopédique conservateur » Sauramps médical, 1996. p.177 -218

7 -  JC.Bernard et coll.« Prise en charge orthopédique précoces des scolioses lombaires et thoraco-lombaires idiopathiques évolutives : corset toilé de St.Etienne. Etude statistique à propos de 50 cas » Rachis 2004 ; 16(6) :p.309-320

8 -  JC.Bernard et coll. « Evaluation du résultat d’un corset monocoque carbone respectant la respiration (CMCR) dans la scoliose idiopathique chez l’enfant et l’adolescent : étude rétrospective sur 115 patients » Ann. Réadapt. Méd.Phys. 2005.

48(9) : 637-649

9 – P.QUESADA et coll. « Méthodes de rééducations globales » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.181-195

10 – B.BIOT et coll. « Troubles de la statique vertébrale et douleurs. Traitement orthopédique chez l’adulte » » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.221-230

11 – JC.Bernard « Le traitement orthopédique des troubles statiques de l’enfant. La Maladie de Scheuermann » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.211-219

12 - Lionel Fauvy et coll. « Traitement orthopédique de la scoliose et Kinésithérapie » Résonances Européennes du Rachis   15(45-46) 2007, p.1917-1925

13 – M.Schneider « Scoliose de l’enfant et l’adolescent : du dépistage à la dé »cision thérapeutique » Douleurs mécaniques et troubles de la statique vertébrale » Sauramps médical, 2006. p.99-109

14 - Décret de compétence :JO du 27/06/2000 – Décret n° 2000-577

 

* Cadre de Santé en Masso-Kinésithérapie - Service d’Orthopédie Pédiatrique - (Médecin-Chef de Service : Dr Jean-Claude Bernard - Centre des Massues - Lyon )

Membre du Groupe Kinésithérapique de Travail sur la Scoliose et le rachis.